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Le podcast qui sonde par les mots notre rapport à l’art !
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Épisode 2 - Realité (augmentée)

Nous regardons le monde autrement, en compagnie de Caspar David Friedrich et de Joe Dassin.

De l’art... Un mot... Un face à face...

CARTELS

Et si l’art n’avait pas vraiment de réalité ? S’il ne servait qu’à voir le réel d’une certaine manière ? “Cartels” explore toutes les facettes de notre rapport à l’art... à l’aide des mots... Un épisode : un mot... Aujourd’hui, quelques exemples d’altération de la réalité.

Il y a deux exemples, que j’aime bien...

Jean-Charles Vergne.

… le premier qui est pris dans la culture dite haute, et le deuxième dans la culture basse, la culture populaire. On reviendra d’ailleurs sur cette supposée séparation ou inséparabilité entre le haut et le bas.

Donc le premier exemple, il est pris dans la culture un peu savante : c’est chez Proust, dans “La recherche du temps perdu”, dans un des volumes de la Recherche, qui s’appelle du côté de Guermantes. Où le narrateur, qui est le personnage principal de la Recherche, va visiter une exposition de Renoir. Lorsqu’il sort dans la rue, il se retrouve presque dans un état de sidération - aussi un très joli mot. Et il dit : les arbres sont des Renoir, les femmes sont des Renoir, les voitures sont des Renoir, le ciel est un Renoir. C’est à dire qu’il s’aperçoit qu’il ne verra plus jamais le monde comme avant. Comme si s’était interposé entre le monde et lui, une espèce de filtre Photoshop Renoir. C’est à dire que les oeuvres d’art auront soudainement apporté une nouvelle parallaxe, ou un nouvel angle de vue, sur le réel. Je crois que ça, ça marche vraiment de manière permanente dans la relation qu’on a à la culture. C’est typiquement : vous êtes en vacances en Bretagne. Vous êtes debout sur une falaise, il y a un orage. Et bien si vous avez vu cette peinture de Caspar David Friedrich avec ce personnage de dos qui fait face aux éléments déchaînés. Si vous avez vu ça, à un moment donné, le tableau de Caspar David Friedrich va peut-être surgir de manière inopinée. Et vous vous retrouvez, non pas dans le tableau de Caspar David Friedrich. Non plus sur cette falaise en Bretagne par temps d’orage. Mais entre les deux. C’est à dire que j’ai vu A. J’ai vu B. Je revois A, et A est devenu A’. Mais A’, c’est pas A+B. C’est à dire qu’il y a un filtre polarisant. Qui agit de manière souterraine, inconsciente.

Le deuxième exemple, qui dit exactement la même chose que chez Proust, on le trouve chez Joe Dassin, dans “l’Été Indien”, avec cette phrase : avec ta robe longue, tu ressemblais à une aquarelle de Marie Laurencin. Je ne sais pas si c’est Joe Dassin qui a écrit les paroles, mais ce que ça raconte, c’est la chose suivante : je vois un jour les aquarelles de Marie Laurencin et je les oublie. Et je fais une rencontre. Je vois une femme, et le souvenir des aquarelles de Marie Laurencin ressurgit de manière inopinée, se superpose à la femme que je suis en train de regarder, et cette femme m’apparaît d’autant plus belle que si je n’avais pas vu les aquarelles de Marie Laurencin. A nouveau, il y a une espèce de filtre polarisant qui vient se superposer au réel.

Et je crois que c’est ça la relation qu’on doit avoir avec les oeuvres d’art, quelle qu’elles soient, et quel que soit leur genre et leur registre : c’est pas une relation culturelle, c’est pas une relation d’apprentissage, c’est pas une relation intellectuelle ou conceptuelle. C’est une relation qui est une relation d’augmentation de la réalité. Je crois que l’art est un moyen de produire de la réalité augmentée. C’est la petite ritournelle qu’on a le matin sous la douche. Qui peut être insupportable, ou qui peut nous mettre dans une humeur incroyable. C’est le vers de poésie qui nous traverse la tête à un moment donné. C’est la scène de cinéma qui nous revient.

CARTELS

Et je crois que la seule fonction - évidemment l’art n’a aucune fonction…

Par Jean-Charles Vergne

… mais si l’art devait avoir une fonction, ce serait de produire de la réalité augmentée.

Jean-Charles Vergne est critique d’art, et directeur du FRAC Auvergne…

CARTELS est à retrouver en téléchargement sur toutes les plateformes de podcast.

Par Jean-Charles Vergne, critique d’art et directeur du FRAC Auvergne.
Auteur : Jean-Charles Vergne
Présentation : Lolita Barse
Réalisation et design sonore : Benoît Bouscarel


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