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Épisode 5 - Croyance

Nous convoquons Léonard de Vinci, avec deux briques de Lego.

De l’art... Un mot... Un face à face...

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L’art, c’est un peu de la magie, et les auditeurs de “Cartels” le savent bien. Au fil de nos épisodes, nous explorons notre rapport aux oeuvres d’art. Un mot, un face à face : aujourd’hui : “C comme croyance”

Je crois qu’il ne faut jamais se dire :

Jean-Charles Vergne.

... je demande à une oeuvre d’art d’infléchir ma relation au réel. Ca ne marche pas du tout comme ça. L’art, c’est comme l’homéopathie : ça ne marche que si on y croit. C’est le coup de l’enfant qui joue avec des Legos. Lui, il y croit. Il croit que ses deux Legos, c’est deux navires de guerre qui se battent sur un océan pendant la seconde guerre mondiale. Il fait évoluer ses Legos sur le sol de sa chambre, et il n’a aucun doute là-dessus. Moi, en tant qu’adulte, je regarde ça, et je ne vois que des bouts de plastique, et je me dis : il lui faut pas grand chose pour s’amuser.

Donc, je crois que c’est vraiment ce rapport de croyance, c’est ce qui fait qu’une peinture est autre chose que du pigment étalé sur une toile. Parce que si on n’y croit pas, on ne voit que des pigments étalés sur une toile. Alors, évidemment la question ne se pose pas quand on est devant la Joconde de Léonard de Vinci, ou n’importe quelle peinture figurative. Parce qu’on se dit : ça représente quelque chose, c’est bien fait, le type a du métier. Mais ça commence à se poser quand on est devant de la peinture abstraite. Ca on le voit d’une manière constante : les enfants n’ont pas de problème avec la peinture abstraite. Ils se projettent. Ils voient un bonhomme, y’a pas de bonhomme, peu importe. Les adultes, ils vont dire : qu’est-ce que c’est que ce truc ? Alors évidemment, plus on tire vers le minimalisme, ou vers une forme de sobriété ou d’aridité, et plus ça va devenir aigu. Le trait noir sur un fond blanc, moi je peux en faire autant. Ca vaut combien ? 300.000 euros ? Mais attendez, c’est un scandale, comment ça peut se retrouver au centre Pompidou, ou au MoMA de New-York ? Ca veut dire qu’à un moment donné, on n’y croit pas. Donc l’assentiment ne vient que parce qu’on est en capacité de croyance.

Et dans la langue française, y’a cette chose vraiment merveilleuse, qui n’existe dans aucune autre langue : c’est l’anagramme entre image et magie. C’est les mêmes lettres. Donc, si on veut qu’une image fonctionne, il faut admettre qu’il y a une part de magie dans cette image. Donc il y a une part de croyance. On revient même aux origines de l’art, aux premières réalisations dans les grottes préhistoriques, faites probablement - maintenant on est quasiment sûrs de ça - par des chamanes, et non pas par des artistes ou par des gens qui voulaient que la chasse soit bonne. Mais par des chamanes, qui communiquent avec le monde de l’au delà. Ca veut dire que l’image est puissamment chargée en magie.

CARTELS

Et notre relation à la musique, au cinéma, à la peinture, à la sculpture, à la photographie…

Par Jean-Charles Vergne

... elle est de toute façon imprégnée de ça, qu’on le veuille ou non, et c’est totalement inconscient.

Jean-Charles Vergne est critique d’art, et directeur du FRAC Auvergne…

CARTELS est à retrouver en téléchargement sur toutes les plateformes de podcast.

Par Jean-Charles Vergne, critique d’art et directeur du FRAC Auvergne.
Auteur : Jean-Charles Vergne
Présentation : Lolita Barse
Réalisation et design sonore : Benoît Bouscarel


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