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Épisode 7 - Code

Nous lisons “Oui-oui à la plage” et Kafka, sur un fond d’Édith Piaf.

De l’art... Un mot... Un face à face...

CARTELS

“Cartels” explore, au fil de ses épisodes, notre rapport à l’art. Dans ce numéro, nous vous proposons de ne pas essayer de déchiffrer David Lynch. Un mot… un face à face. Aujourd’hui : “C comme code”.

On est souvent devant une oeuvre d’art comme devant une langue étrangère.

Jean-Charles Vergne.

Je crois qu’il faut le prendre en considération. De la même manière, quand je rencontre quelqu’un : je suis face à un corps étranger, qui ne perçoit pas le monde de la même manière que moi, qui ne parle pas forcément la même langue que moi. C’est Picasso qui dit : l’art, c’est comme le chinois, ça s’apprend. On est toujours devant une oeuvre un peu comme devant une langue étrangère. Les artistes passent leur temps à inventer des langues, ou à transgresser les codes des langues en usage.

Donc, on est toujours dans un rapport de décryptage, et la rencontre c’est ça : une relation de décryptage, d’apprentissage, de déchiffrement, on est vraiment comme ces soldats pendant la guerre dont le métier consistait à déchiffrer les codes des messages cryptés. Le jeu il est là aussi : je vais rentrer dans l’univers d’un artiste. Dans son monde grammatical, dans sa syntaxe, une syntaxe qu’il a créé pour lui, qu’il me donne à lire, et il faut que j’essaye de la lire. Donc il faut être préparé à ça, il faut accepter. Et il faut accepter une chose fondamentale à mon sens, c’est de désapprendre à lire. On pourrait résumer tout ça avec une phrase toute bête qui consiste à dire : si seulement je n’avais pas appris à lire. Parce que malheureusement et heureusement, un jour on nous a appris à lire : on est allé en classe de CP, on a appris l’alphabet, ensuite on a appris à reconnaître les mots, et puis on a lu “Oui Oui à la plage” et “Martine à l’école”. Et peut-être plus tard, on s’est mis à lire Emmanuel Kant ou Shakespeare dans le texte. Mais on est passé par la case Oui Oui et Martine, c’est obligatoire. Et pourquoi il faut apprendre à lire : pour se faire comprendre et comprendre les autres. De la même manière qu’il faut apprendre le code de la route, pour pouvoir conduire, et apprendre un minimum le code des lois pour vivre en société.

Donc, notre existence est traversée par des systèmes de codes qui nous formatent. On a des modes de lecture qui sont formatés, et fort heureusement sinon ce serait la pagaille. Sauf que quand je suis devant une oeuvre d’art - j’évoquais dans une précédente chronique le ton braillard de David Bowie sur le morceau It’s no game, ou Robert Smith qui chante faux, on a d’ailleurs le même truc chez Kafka, avec une nouvelle, ça se passe dans le monde des rats, et y’a une chanteuse, un petit rat qui s’appelle Joséphine, qui chante pour les autres rats, et elle chante totalement faux, et c’est parce qu’elle chante faux que les rats sont fascinés, on trouve ça aussi chez Edith Piaf. Ca commence toujours par une note fausse et ça se rétablit, et dans le rock c’est l’inverse. Le chanteur de rock, qui plus est de hard core ou de hard rock, il chante juste, et il finit toujours sur une note fausse. C’est le braillement de la fin de phrase. Donc, chez Piaf ça commence faux ça finit juste. Dans le rock, ça commence juste ça finit faux, mais en tout cas, je suis toujours dans une relation linguistique particulière, et je dois à un moment donné accepter de désapprendre à lire.

Donc je reviens à cette histoire de formatage. On nous a formatés. On nous a donné des codes de lecture. Si je n’accepte pas pendant un temps de me défaire de ces codes de lecture, je ne pourrais pas lire une autre langue que celle qu’on m’a apprise. Donc si je veux voir quelque chose, il faut que je me désaccoutume. Il faut que j’accepte de désapprendre à lire. Et c’est très intéressant. Ce que je dis toujours aux visiteurs dans les expositions, c’est que ce que vous devez accepter et rechercher, c’est un jour de prendre du plaisir en y comprenant strictement rien. Le jour où vous prenez du plaisir en y comprenant rien, vous avez gagné. Là, vous êtes dedans. C’est les films de Lynch. Il y a ce journaliste qui reproche à Lynch des films incompréhensibles, c’est ça.

CARTELS

C’est à un moment donné, je lâche prise, je n’y comprends strictement rien, mais waouh.

Par Jean-Charles Vergne

C’est quand même incroyable ce truc.

Jean-Charles Vergne est critique d’art, et directeur du FRAC Auvergne…

CARTELS est à retrouver en téléchargement sur toutes les plateformes de podcast.

Par Jean-Charles Vergne, critique d’art et directeur du FRAC Auvergne.
Auteur : Jean-Charles Vergne
Présentation : Lolita Barse
Réalisation et design sonore : Benoît Bouscarel


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