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Épisode 10 - Blancheur(s)

Nous débutons une série de 10 épisodes consacrés au blanc, au vide, au silence…

De l’art... Un mot... Un face à face...

CARTELS

Qui a peur du vide ? Pour débuter notre série sur la blancheur… voyons ensemble qui sont les dangereux subversifs qui - dans l’histoire de l’art - ont osé jouer (avec retenue), sur peu, le blanc, le silence...

On peut donner quelques exemples, qui sont des exemples assez fameux…

Jean-Charles Vergne.

Il y a évidemment le “Carré blanc sur fond blanc” de Kasimir Malevitch, qui est ce tableau peint en 1918, qui fait suite au fameux “Carré noir sur fond blanc”, et qui évidemment stigmatise les pires choses. Là on touche à l’incompréhensible, à l’incompréhension du grand public, aux sobriquets, aux moqueries, etc.

Il y a, c’est peut-être un peu moins connu, les White Painting, que Robert Rauschenberg, immense artiste américain réalise en 1951, qui sont des peintures totalement blanches.

Il y a la partition de John Cage, qui est une partition vierge, d’une composition qui date aussi de 1951, qui est célébrissime, et qui s’appelle 4 minutes 33, et c’est 4 minutes 33 de silence : le pianiste, ou l’orchestre, ça peut être un orchestre philarmonique, le ou les musiciens s’installent face à un chef d’orchestre, si c’est un orchestre philarmonique, et ne jouent pas. Pendant 4 minutes 33. Avec trois mouvements, en plus, c’est à dire que cette partition elle est séparée en trois mouvements très clairs, mais trois mouvements de silence absolu.

Il y a le dessin de Willem de Kooning, qui date de 1953, qui s’intitule “Erased de Kooning drawing”. C’est en fait un dessin de Willem de Kooning, qui a été effacé par Robert Rauschenberg, celui qui a fait les White Painting que j’évoquais tout à l’heure. Il prend un dessin de Willem de Kooning, il l’efface à la gomme, et il l'intitule “Erased de Kooning Drawing” (dessin de de Kooning effacé) et il en fait une oeuvre. Mais une oeuvre qui est l’effacement d’une oeuvre antérieure.

Autre forme de blancheur. Il y a la célèbre exposition du vide d’Yves Klein, en 1958. Yves Klein ouvre une exposition dont le titre exact d’ailleurs n’est pas l'exposition du vide, mais “La spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée”, exposition inaugurée le 28 avril 1958 à la galerie Iris Clert, à Paris. C’est la première exposition vide de l’histoire, qui sera suivie ensuite pas de nombreuses autres expositions ou d’oeuvres fondées sur la présentation d’un espace vide selon des protocoles divers. Les gens rentrent dans l'exposition, il n’y a rien à voir. A l'entrée de l’exposition, il y a deux gardes de la garde républicaine, qui accueillent le public. Les gens rentrent dans un espace que Klein a entièrement peint en blanc, et il n’y a rien. C’est donc une zone de sensibilité pure. Yves Klein étant un des grands spécialistes de ce genre de choses.

Autre type d’exemple : il y a les oeuvres tardives de Roman Opalka, grand peintre contemporain, qui toute sa vie a peint des chiffres sur des toiles, en rajoutant à chaque tableau 1% de blanc dans le fond noir initial, c’est à dire que plus on avance dans le temps, plus les tableaux passent du noir au gris foncé au gris clair, et à la fin de sa vie, il continue à peindre des chiffres, il est parti du 1 et il a fini à je ne sais pas combien de millions, à la fin de sa vie.

Autre forme de blancheur qui pose problème. Et puis dans le domaine de la musique, plus actuelle, plus contemporaine, il y a ce qu’on appelle les bruits blancs du rock noisy, rock noisy expérimental de Sonic Youth, la musique drone, je pense à un groupe comme Sunn O))), où on est face à des grandes plages musicales très stagnantes, des grands riffs de guitare qui n’en finissent plus, qui sont comme des clusters sonores où rien ne se passe, sinon une nappe de son, granuleuse, généralement diffusée avec un volume très fort. C’est ce qu'on appelle un bruit blanc.

Il y avait également une phrase que je souhaitais évoquer, qui est une phrase du réalisateur italien Michelangelo Antonioni, qui a une très belle pensée : il écrit, dans un de ses livres, qui s’appelle “Ce bowling sur le Tibre”. Il écrit “Je regarde à nouveau par la fenêtre. Le froid vif anime un paysage tout blanc. Et c’est ce blanc qui me donne l’impression de me trouver devant une page immaculée sur laquelle il faut tout recommencer à écrire, ou bien devant un grand écran qu’il faut remplir”. Donc il y a cette chose très belle : cette comparaison entre la blancheur d’un paysage et la vacuité de la page sur laquelle on va écrire, ou de l’écran de cinéma qu’il faut remplir. Vacuité qui finalement offre toutes les potentialités possibles, toute la puissance possible, toute la puissance possible.

CARTELS

C’est Giorgio Agamben, un philosophe italien qui disait que la puissance d’un artiste...

Par Jean-Charles Vergne

… c’est aussi la puissance de ne pas faire.

Jean-Charles Vergne est critique d’art, et directeur du FRAC Auvergne…

CARTELS est à retrouver en téléchargement sur toutes les plateformes de podcast.

Par Jean-Charles Vergne, critique d’art et directeur du FRAC Auvergne.
Auteur : Jean-Charles Vergne
Présentation : Lolita Barse
Réalisation et design sonore : Benoît Bouscarel


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