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Épisode 15 - Blancheur suprême

Nous devenons limite iconoclastes...

De l’art... Un mot... Un face à face...

CARTELS

Les grands artistes ont bien souvent des petits secrets. Qui nous éclairent sur la façon de voir leurs oeuvres. Aujourd’hui, on découvre ce qui se cache derrière les monochromes de Kasimir Malevitch…

En 2015, en Russie, on a procédé à une nouvelle analyse, aux rayons x, du carré noir, de Malevitch…

Jean-Charles Vergne.

C’est la galerie Tretiakov qui a fait cette analyse aux rayons x, et cette analyse a révélé que le carré noir (on savait qu’il recouvrait déjà une autre peinture, qui n’était pas une peinture abstraite). Et là, on s'aperçoit, lors de cette analyse, en 2015, que le carré noir recouvre non pas une peinture, mais deux peintures successives. La première peinture, c’était une composition cubo-futuriste. Un mélange de cubisme et de futurisme, et la deuxième peinture qu’on découvre à ce moment, c’est une composition proto-suprématiste. Malevitch va fonder le mouvement suprématiste, et sous le carré noir il y a un premier essai de composition suprématiste. Donc on a une première peinture cubiste futuriste, puis ensuite un nouvel essai qui va pratiquement commencer à amener les bases du suprématisme, et ensuite il recouvre tout ça avec un carré noir, mais ce n’est pas tout, parce que quand on a fait cette analyse aux rayons x, sous le carré noir, on a trouvé un inscription au crayon, écrite de la main de Malevitch, sous le carré, en russe, et la traduction de cette inscription, et c’est une déflagration, c’est : “des nègres se battant dans une cave”. Et là, on a la preuve que Malevitch a vu les monochromes d’Alphonse Allais. C’est à dire que le carré noir de Malevitch prend appui sur la première tentative, le premier monochrome d'Alphonse Allais, sauf que Malevitch n’en fait pas une blague, c’est à dire qu’il retourne l’humour d'Alphonse Allais, vers quelque chose de très sérieux, puisque le projet qui sous-tend la réalisation de ce carré noir sur fond blanc, c’est de produire, une icône religieuse, orthodoxe, suprême, c’est à dire absolue, une icône qui synthétiserait toutes les icones religieuses orthodoxes.

Quand on entrait dans une maison russe, dans une habitation, il y avait toujours dans un coin de la pièce, accroché vraiment dans l’angle de la pièce, une petite icône représentant un saint, censée protéger, veiller à la sérénité des habitants de la maison. Malevitch, qui était plus qu’un croyant, un mystique, avait donc ce projet de conceptualiser l'icône suprême et l'aboutissement de cette conceptualisation c’est un carré noir, parce que c’est une forme parfaite, avec une non couleur, qui est donc aussi parfaite, posée sur un fond blanc, carré lui aussi. Donc une deuxième non couleur, parfaite dans une deuxième forme parfaite. Et la première fois qu’il expose ce carré noir sur fond blanc, il l'accroche dans l'angle de la pièce d'exposition, comme une icône religieuse.

Donc, on trouve aux rayons x, sous le carré noir l'inscription “des nègres se battant dans une cave”, et ça reprend complètement les titres donné par Alphonse Allais à son monochrome, c'est extraordinaire. Donc trois ans après avoir produit son fameux carré noir sur fond blanc, Malevitch va peindre en 1918 ce qui constitue pour lui l’aboutissement de cette quête d‘absolu. C’est donc un tableau qui est constitué d’une forme quadrangulaire blanche, exécuté sur un fond blanc. Les deux oeuvres sont identiques, elles font très exactement 78,7 par 78,7 centimètres, donc on a vraiment cette idée de progression vers la pensée suprématiste dont il est le théoricien. La pensée suprématiste, c’est fondé sur “le zéro des formes”. C’est Malevitch qui dit ça. Donc, il emploie les formes géométriques et de lignes qui sont déconnectées de toute signification, ce sont les premières formes véritablement abstraites de l’histoire de l’art. Donc Il y a vraiment une quête de pureté. Et donc, les origines de cette quête elles sont à la fois ancrées dans un mysticisme, qui est hérité de la religion orthodoxe et de ses icônes, et puis aussi dans les écrits d’un auteur de l’époque, qui s’appelait Piotr Ouspenski, et qui avait écrit sur la quatrième dimension, et dont les écrits ont eu une influence importante sur Malevitch. Donc on est baigné dans un contexte mystico-science fiction, quasiment. Donc, c’est une oeuvre conceptuelle en apparence. Mais en fait, elle est profondément mystique dans les raisons véritables qui ont prédisposé à sa conception.

CARTELS

Donc c’est le premier monochrome de l'histoire de l’art, le carré blanc, et ça ça va être le début de quelque chose qui va concentrer toutes les craintes...

Par Jean-Charles Vergne

… toutes les peurs, tous les rejets qu’on a déjà évoqué.

Jean-Charles Vergne est critique d’art, et directeur du FRAC Auvergne…

CARTELS est à retrouver en téléchargement sur toutes les plateformes de podcast.

Par Jean-Charles Vergne, critique d’art et directeur du FRAC Auvergne.
Auteur : Jean-Charles Vergne
Présentation : Lolita Barse
Réalisation et design sonore : Benoît Bouscarel


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